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Le Phenix rate son envol

12 juillet 2005 -- Olivier Fabes

Plusieurs articles de presse ce matin dévoilent que le projet Phenix de modernisation de la Justice vire à la catastrophe. Le fournisseur Unisys est notamment mis en cause. Nous avons recueilli sa réaction à chaud.

Pour rappel, le projet Phenix d'informatisation de la Justice a démarré en 2001. En plus de standardiser et rendre pérenne une informatique interne devenue fragmentaire et obsolète, ce projet de modernisation veut tirer parti du potentiel de communication des technologies internet/intranet. Le principe est le suivant : un dossier électronique est créé par affaire dès le début d'une procédure judiciaire. Ce dossier sera progressivement enrichi des données qui y seront apportées, tant par ceux qui gèrent le dossier que par ceux qui y apportent des éléments complémentaires (police, huissiers de justice, avocats ou parties elles-mêmes). Le dernier agenda rendu public par le gouvernement, après déjà quelques retards et changements d'orientation (technique notamment, avec l'abandon de .Net au profit de logiciels libres) prévoit que le système Phenix soit généralisé à l'ensemble des cours et tribunaux en 2008.
"Déjà 11,5 millions d'euros dépensés et toujours pas le moindre résultat visible," titre ce matin De Standaard, faisant écho à un rapport d'évaluation du projet Phenix divulgué par un parlementaire de l'opposition CD&V. Les résultats de la première implémentation du projet Phenix auprès du tribunal de police de Turnhout seraient catastrophiques : la nouvelle application ne serait ni fiable, ni conviviale, ni sécurisée. Le principal fournisseur informatique, Unisys, est montré du doigt pour n'avoir pas respecté ses engagements, tandis que le SPF Justice est accusée de s'être montrée trop laxiste. Les articles de ce matin parlent de la nécessite de "refonder" complètement un projet moribond.
"Certains choses doivent effectivement être revues en profondeur," concède un responsable de Unisys, qui affirme que sa société est prête à accepter une part de responsabilité, mais pas la totalité. Un plan de redressement va être discuté lors d'une réunion de crise fin de cette semaine. Le fournisseur est avare de commentaires tant que d'importantes décisions quant à l'avenir du projet ne sont pas prises. Unisys laisse toutefois entendre que le problème principal serait lié au changement d'objectif du projet : d'une refonte (déjà très complexe) des 13 systèmes hétérogènes existants en une application centralisée et évolutive, le projet embrasse désormais la notion plus large de "dossier électronique", basée sur un intranet sécurisé. En bref, le passage d'un projet d'infrastructure à un véritable projet d'e-gouvernement ne se passe pas sans mal.
Unisys dément que le choix d'une architecture basée sur les logiciels libres soit la cause des problèmes, mais elle reconnaît que cette orientation a généré "beaucoup de discussions", ce qui a pu aggraver les retards.
D'après De Standaard, Unisys ne perçoit plus aucun euro depuis octobre 2004. "Tout ce qui est réceptionné est facturé. Et il est vrai que nous ne livrons pas grand chose depuis quelques mois," a commenté le chef de projet chez Unisys.

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